Une heure de liberté…

7 avril 2020.

Nous en sommes là.

1h de liberté par jour et pour des achats de première nécessité.

Après 24 jours sans avoir mis le pied dehors, c’en était trop ! « Chéri, demain, je vais au marché, me suis-je exclamée. Et si je trouve la moindre excuse pour ne plus y aller, c’est toi qui me met dehors ok ! »

C’est donc d’un pas décidé que je me suis levée ce matin, j’ai ouvert les volets pour découvrir une pluie fine. Non, non et non, ce n’est pas une petite pluie qui me fera renoncer, ce matin je vais au marché un point c’est tout !

Ça y est je suis prête. J’enfourche mon vélo et part à la découverte du nouveau monde.

Il fait doux, les rues sont si calmes. J’imagine pourtant bien l’agitation dans chaque maison.

Je croise une première personne, puis ce couple avec leur nouveau né, je passe devant l’école des enfants en me disant qu’ils avaient peut être dû terminer les derniers travaux de la maternelle mais sans savoir si mon Paul pourra en profiter cette année…

Une maman est en vélo avec son fils. Il lui réclame une halte au parc à jeux et je l’entend lui promettre qu’ils iront bientôt mais pas aujourd’hui…

Un autre vélo me dépasse, je réalise que je suis quasi à l’arrêt tellement je pédale doucement observant le moindre geste autour de moi.

J’arrive à un carrefour, il y a un peu plus de vie tout à coup, un bus, deux ou trois voitures et les ouvriers qui continuent les travaux de notre nouvelle boulangerie de quartier.

J’arrive à la place du Pays-de-Retz, il y a des barrières et des agents de sécurité partout.  J’aperçois l’entrée distancée avec contrôle et gel hydroalcoolique obligatoire. Je dépose mon vélo à quelques mètres de là, sans prendre le soin de mettre mon antivol (qui pourrait bien me voler mon vélo devant autant d’agents de sécurité?). Je fais la queue, en prenant soin de me positionner sur les traits rouges au sol. J’observe autour de moi, l’atmosphère est étrange, je me dis alors qu’il va être difficile de ne pas devenir méfiant lorsque nous serons déconfinés…

Une dame, masquée, enregistre le nombre de personnes qui entre au marché et nous indique la marche à suivre. Je l’écoute en frottant mes mains de gel (je réalise que même aujourd’hui, je n’ai jamais eu de gel hydroalcoolique chez moi ni même dans mon sac, quand sera t’il demain ?)

Il y a la queue chez le producteur de fruits et légumes, je m’arrête tout d’abord sur le stand du boucher, il ne lui reste que très peu de saucisses mais je les lui prends, espérant pouvoir profiter d’un barbecue prochainement.

Les commerçants sont de bonnes humeurs, ça fait du bien. J’aime l’ambiance des marchés en tant normal. Malgré la situation, j’arrive à me dire qu’il y a tout de même une bonne ambiance. Et pourtant, j’aurais presque envie de pleurer…

J’entends :

« Les temps sont durs, nous avons bien moins de clients. »

« Tiens, salut, bien confinés? »

« Et le jardin? » « Si ça continue comme ça, nous allons le finir au coton tige ! »

« Nous avons encore les vents du Sud mais le froid va revenir la semaine prochaine. Et les Saintes-Glaces, il ne faut pas oublier, les 11, 12 et 13 Mai ! »

Je passe devant le poissonnier, c’est lui qui a le moins de clients. Alors je décide de lui acheter de la Raie pour ce midi. Il faut régler par carte bancaire, sans contact surtout. Mais vous le savez tout comme moi, ça ne marche pas à tous les coups ! Alors la vendeuse, m’invite à insérer ma carte bancaire sans toucher le TPE et elle l’emballe dans un sachet en plastique pour que je puisse taper mon code. Merci Madame, d’avoir pensé à tout ça pour moi, je crois que je me serais fait avoir sur ce coup là ! Comment craindre l’invisible ?

Je termine mes achats de fruits et légumes, à mon grand désespoir, nous ne goûterons pas encore aux premières fraises… Peu importe, nous les savourerons d’autant plus lorsque nous en aurons l’occasion !

À la sortie, je dois à nouveau me frotter les mains de gels antibactériens. Un agent m’explique qu’ainsi, si j’ai eu le malheur d’être contaminée lors de mon marché, je ne rapporte pas le virus avec moi !

Mon vélo est toujours bien là, je commence à paniquer en me disant que cela fait sans doute plus d’une heure que je suis sortie de la maison alors je rentre à bonne allure (aucun contrôle pour cette fois) retrouver les miens jusqu’à la prochaine heure de liberté…

Difficile de ne pas savoir de quoi demain sera fait, essayons de garder espoir et pourquoi pas même d’y voir une opportunité ? Celle de consommer autrement, celle de devenir le meilleur de nous-même, celle de profiter de chaque instants !

7 avril 2020.

Une seule chose est sûr aujourd’hui, il y aura un avant, il y aura un après…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s